L’ÉCOLE DE BERCK, L’authentique à l’épreuve du monde…

L’ÉCOLE DE BERCK, L’authentique à l’épreuve du monde…

BERCK SUR MER 62

L’ÉCOLE DE BERCK
L’authentique à l’épreuve du monde…

Créé ex nihilo en 1979, le musée de Berck a rassemblé plus de 2000 oeuvres et études ainsi qu’un important fonds d’archives qui permettent aujourd’hui de caractériser ce qui fait l’identité de l’école de Berck.
Quatre ans après le passage d’Édouard Manet en 1873, un petit groupe de peintres se constitue sur la plage de Berck autour de Ludovic-Napoléon Lepic, « le Patron », et pratique en sa compagnie la peinture de plein air.
S’il comporte « un garçon de café » et un futur « financier », ce noyau originel se caractérise avant tout par l’origine sociale de ses membres.
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Elève de Lepic. Hommage au Patron

LE COMTE, LE JUGE, L’ARCHITECTE ET… LA BARONNE

Le fils de l’aide de camp de Napoléon III arrivant à Berck y retrouve un architecte ayant travaillé pour l’empereur et le président du tribunal d’Amiens dont le fils achève ses études de droit pour être autorisé à se consacrer à la peinture. Figure discrète mais centrale de la scène mondaine qui se constitue à la plage, la baronne de Rothschild que l’on nommera ici « la Bienfaitrice » peint à ses heures et entretient des relations suivies avec les membres de ce groupe fondateur. Comptant parmi les premiers à posséder un chalet à la plage, les Lavezzari et les Tattegrain jouent un rôle déterminant dans l’animation de la vie artistique locale. Francis Tattegrain (1852 – 1915), le fils du juge, y prendra la première place.
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Anonyme. Émile Lavezzari, architecte de l’hôpital Napoléon, sur le motif,avec son épouse et sa fille

DANS LA LIGNÉE DU PATRON

Entre Lepic et son cadet existe une véritable complicité. Le premier a fait ses premiers pas avec les impressionnistes tout en aspirant à une carrière conventionnelle. Trop dilettante pour en accepter les contraintes, il n’en incite pas moins son élève à suivre l’enseignement dispensé par Jules Lefebvre à l’Académie Jullian.
Cet apprentissage fera évoluer Tattegrain vers une pratique naturaliste proche de celle d’un
Bastien-Lepage, expression dominante chez les peintres de l’école de Berck.
Alors qu’au Salon des Artistes Français, Lepic devra se contenter d’une médaille de bronze (1877), son élève y sera régulièrement remarqué jusqu’à l’obtention de la médaille d’honneur en 1899. Cette reconnaissance sur la scène parisienne confortera sa place centrale sur la scène berckoise.
Comme Lepic qui navigue à bord du flobart (bateau de pêche à fond plat) qu’il s’est fait construire, Tattegrain multiplie les embarquements et acquiert une expérience poussée de la pêche en mer que partagera le fils de l’architecte, Jan Lavezzari (1876 – 1947), lui-aussi peintre embarqué.
La qualité ethnographique du regard porté par les peintres sur la vie des pêcheurs, à l’occasion étayée par l’emploi de la photographie, est une caractéristique de l’école de Berck, aussi bien à bord qu’à terre. S’il ne s’écarte que rarement de l’estran, l’élève de Tattegrain, Charles Roussel (1861 – 1936), en détaille les activités avec une rigoureuse précision. Son implication au profit de l’Asile Maritime est une autre marque de son appartenance à l’école de Berck.
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F. Tattegrain, 1880. Portrait de l’auteur

« UNE OEUVRE D’INITIATIVE PRIVÉE ET DE CHARITE PUBLIQUE… »

Ainsi est défini l’Asile Maritime fondé en 1891 pour accueillir des vieux marins et matelotes sans ressources. Le rôle de cet établissement dans le développement de l’école de Berck est aussi inattendu qu’indiscutable. Assisté par la baronne de Rothschild, Tattegrain en préside le conseil d’administration jusqu’à sa mort et met à contribution ses relations pour en financer le fonctionnement. Il y crée une forme de musée – la « réserve artistique » – dont la série des portraits des pensionnaires continuée par Roussel après sa disparition est l’élément central. Visible sur place, la collection fait la publicité de l’oeuvre en étant présentée lors de grandes occasions, comme l’exposition universelle de 1900.
Par amitié pour Tattegrain, le méridional Henri Pinta (1856 – 1944) s’implique dans la vie de l’Asile (il réalise les vitraux de la chapelle).
Plus de 80 artistes offrent des oeuvres en lots pour la tombola organisée tous les deux ans au profit de l’établissement, en plus de celles achetées dans le même but par la baronne de Rothschild. Parmi eux, certains n’ont certainement jamais mis les pieds à Berck.
D’autres, comme Albert Besnard en 1897, y apparaissent pour des raisons particulières.
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H. Pinta, vers1910. l’Asile Maritime, réfectoire des femmes

POUR RAISON DE SANTÉ

Certaines circonstances qui font de Berck un lieu de peinture dans le dernier tiers du XIXe siècle sont largement partagées : la vogue du plein air, la facilité d’accès permise par la proximité de la ligne de chemin de fer Paris – Boulogne/Calais, la qualité de la vie mondaine estivale d’une station balnéaire fréquentée par la gentry… Circonstance spécifique, la notoriété médicale justifie la venue ici d’un nombre conséquent d’artistes. Comme Albert Besnard, qui vient y faire soigner son fils par le docteur Calot, certains n’y passent qu’une période limitée pendant laquelle ils s’inspirent des sujets locaux. Tel est le cas du « Peintre des moissons » Fernand Quignon (1854 – 1941) ou du Bourguignon Jean Laronze (1852 – 1937).
Venu à Berck en 1904 pour y faire soigner sa fille, Marius Chambon (1876 – 1962) y restera jusqu’à sa mort. C’est pour sa propre santé que le plus novateur des peintres de Berck, Eugène Trigoulet (1864 – 1910), y passera ses quatorze dernières années. Avec sa disparition, l’école de Berck ne perd pas seulement un artiste qui s’était approprié les sujets emblématiques du lieu, elle voit aussi s’éteindre son potentiel d’évolution vers la modernité.
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E. Trigoulet. Les deuillantes.

LE TEMPS SUSPENDU

Entre impressionnisme et naturalisme, les peintres de Berck vont en effet rester à l’écart des bouleversements qui agitent les milieux artistiques à la veille de la première guerre mondiale. Jusqu’à leur mort les Roussel (1936), Lavezzari (1947) ou Chambon (1962) continueront à faire du Roussel, du Lavezzari et du Chambon…
Les échanges ponctuels avec les peintres de la baie de Somme, de l’école d’ Étaples ou du groupe de Wissant, les artistes de passage comme les Daubigny, Georges Maroniez, le havrais Adolphe Carbon, le suédois Johanson ou l’anglais Caffieri se fondent dans un contexte local où les séjours pourtant féconds d’un Eugène Boudin semblent n’avoir guère laissé de traces.
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M. Chambon, 1909. Attente sur la plage

Musée Opale Sud
60 rue de l’Impératrice > jusqu’au 05/11.

Horaires d’ouverture :

  • de 10h à 12h et de 15h à 18h, tous les jours sauf le lundi matin et le mardi
  • Du 1er juillet au 31 août, de 10h à 12h30 et de 14h à 18h tous les jours sauf le mardi.

Visites guidées et ateliers sur réservation.

Infos : 03 21 84 07 80

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Berck sur Mer - Musée d'Opale Sud

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